Loup Viallet : Vous êtes rentré dans le champ politique et intellectuel en rejoignant le camp du Non à la Constitution européenne en 2005. Les « républicains des deux rives », de Jean-Pierre Chevènement à Philippe de Villiers, avaient alors battu campagne de concert pour défendre la souveraineté de la France. Cette alliance improbable – mais pas incohérente – offrait aux souverainistes une possibilité nouvelle. C’était une brèche. Vingt ans plus tard, la question migratoire, devenue si centrale dans le débat public, n’a-t-elle pas éclipsé les clivages préexistants à un point tel qu’elle a dispersé les partisans de l’Etat souverain aux quatre coins de l’échiquier politique, refermant ainsi définitivement cette possibilité ?
Pierre-Yves Rougeyron : Qu’est-ce que la question migratoire ? Une immigration illégale est une invasion, même le droit international le reconnaissait. Comme atteinte à la souveraineté, cela se pose là non ? C’est une des plus visibles car elle vous attend au coin de la rue et elle surinfecte toutes les autres pertes de souveraineté. Je rappelle que la plupart des connaisseurs du dossier migratoire sont des gens souverainistes ou proches des souverainistes (Tribalat, Gourévitch, Laulan, Dumont, Tandonnet…). De plus l’immigration n’est possible que par le désarmement de l’Etat et la domination de la France par des structures et des droits immigrationnistes (dont le premier est l’Union européenne). Elle n’est que le tribut payé à notre soumission.
Vous ne toucherez à rien du problème migratoire à système constant. L’immigration c’est une question de contrôle territorial, de démographie, de système social, de pérennité culturelle. Soumis au système xénocratique, vous pourrez vous plaindre de l’immigration mais pas beaucoup plus.
Quant à l’union des patriotes, ce n’est pas la question migratoire qui la rend difficile mais des raisons plus prosaïques. Quelques soit nos affinités ou nos courants d’origine, je n’ai jamais vu souverainiste immigrationniste. Par contre, nous ne voulons pas que cette question deviennent un point de pourrissement du corps social en faisant une obsession qui empêche toute réforme systémique.
Loup Viallet : Vous dénoncez le ‘’détricotage’’ de la nation, vous critiquez l’avènement de l’’’homme-masse’’, et appelez à un Etat-stratège, dans la tradition gaullienne. Est-ce qu’il serait faux de vous classer parmi les antimodernes contemporains ?
Pierre-Yves Rougeyron : Je ne suis ni un passéiste, ni un antimoderne. Différencions, si vous le voulez bien, mon rapport avec le temps de celui avec la Modernité. Pour moi l’Histoire est la science du temps, passé, présent et futur. Mon but est que la forme française se mue à travers le temps, aussi intègre que possible, nourrie de ses formes passées pour dominer son avenir. Je remarque à cet égard que je ne demande que ce qui est le lot commun de l’Humanité.
Pour ce qui est de la Modernité, je ne crois pas la figure de l’antimoderne comme positionnement politique actif. Je crois à l’antimodernité comme forme esthétique, comme réserve de sens et comme style, et en particulier comme style littéraire. Je suis par contre un objecteur de modernité comme le dit Pierre le Vigan. Je n’avale pas les sens de l’Histoire et je crains que dans un monde chaotique, seule la volonté puisse donner une forme. Sinon ce seront les forces barbares (technique, marché, démographie) qui nous les imposeront.
Loup Viallet : Si un président, un gouvernement et une majorité parlementaire favorables au Frexit arrivaient au pouvoir, comment gouverneraient-ils un pays dont une grande partie de la haute administration reste viscéralement attachée au fédéralisme européen ?
Pierre-Yves Rougeyron : La sociologie de la haute fonction publique nous apparaît de la manière suivante. Ce qui n’est pas en détachement en grand groupe se divise dans chaque administration centrale entre ceux qui viennent du corps (douane, inspection du travail, flic…) et qui, parce qu’ils sont marginalisés par les anciens “grands corps”, font tourner la boutique, et ceux qui ont été parachutés comme une aristocratie délavée d’ancien régime, qui politisent et qui gèrent les missions comme des domaines privés et bousillent tout ce qu’ils touchent.
Lisez Paul-Antoine Martin sur Le Clan des Seigneurs, cette lecture sera édifiante. Cette haute fonction publique dégénérée ne croit que dans la dissolution de la France. Le retour de la France verra sa dissolution. Il y a assez d’hommes aptes au sein de l’Etat. Ils sont l’équivalent des hommes du KGB en 1991. Certains ont fini chauffeurs de taxi.
Loup Viallet : Que répondez-vous à ceux qui, à l’image des minarchistes, considèrent l’Etat français comme obèse, inefficace, en partie illégitime et prennent Javier Milei en exemple ? Comment les convaincriez-vous que l’Etat-providence souverain demeure un horizon nécessaire ? Que pensez-vous des libéraux souverainistes qui plaident pour l’indépendance et souhaitent réduire l’Etat à sa plus simple expression ?
Pierre-Yves Rougeyron : Déjà la plupart d’entre eux n’ont rien contre les gabegies des roitelets de la décentralisation ni contre l’Union européenne. Donc quand il n’y aura plus de trous dans la raquette analytique nous en reparlerons. Sinon, ce sont pour beaucoup des ados qui en veulent à papa-Etat. La plupart ne créent pas ou peu de richesse. Moi, j’ai tous les problèmes d’un petit patron sans en avoir les avantages. J’ai bossé en grand groupe et je travaille sur l’histoire de l’entreprise donc je suis un peu revenu du mythe du prométhéisme du golden boy. Ils adorent des figurent comme Musk car ils n’ont aucune notion d’histoire du capitalisme. Si l’on retire l’Etat américain à Elon Musk, que reste-t-il de son empire ?
C’est la génération Madelin de notre temps. Ils reviennent en moyenne tous les quinze ans. Ils ne tentent jamais un bilan des expériences passées et quand celles-ci ont des points intéressants, ils les combattent. Voyez Thatcher ! Ce qu’il y avait de positif en elle (la défense des libertés publiques contre l’Etat de droit via la défense du Parlement contre les cours constitutionnelles dans le cas canadien par exemple, ou sa vision claire de la politique au XXI siècle) a été escamoté par les siens. Je ne leur demande pas d’aimer l’Etat-Providence. Je leur demande d’avoir une vision autre qu’un simple poujadisme d’héritiers. Il y a des faits qui ont la vie dure.
« si le Politique existe, il repose sur des institutions, des communs, des souvenirs, des valeurs, des épreuves partagées et des défis à relever dont le premier est la survie collective. »
Pour avancer sur cette question avec méthode disons que d’abord il y a un souci de principe. Nous avons un sens du peuple. Pas eux. Il est difficile de discuter politique avec des gens pour qui le collectif n’existe pas. Si le Politique n’existe pas, alors les débats seront de courte durée.
Ensuite, si le Politique existe, il repose sur des institutions, des communs, des souvenirs, des valeurs, des épreuves partagées et des défis à relever dont le premier est la survie collective. Pour être viable, tout cela doit avoir une matérialité, une puissance. On n’arrête pas le déclin avec les mains ni les ennemis par la pensée. Cela explique notamment comment des Etats promouvant la libre entreprise comme la Chine ou les Etats-Unis arrivent à avoir une propriété publique plus prégnante sur le PIB que la nôtre. Une fois acceptée cette réalité que l’Être collectif doit s’incarner dans des institutions pour édifier et que ces institutions et ces réalisations ont logiquement des coûts, ces coûts et leurs éventuelles compensations en bénéfices doivent faire l’objet d’un partage, plus ou moins équilibré, des dividendes de l’Être ensemble, en capital symbolique, social ou matériel. Cet équilibre, toujours à renouveler, a ponctué notre histoire par des jacqueries, des révoltes et mêmes des révolutions.
Cela explique pourquoi nous avons créé l’Etat social, qui n’est pas un refuge de fainéants, mais qui a servi à canaliser les luttes de classes pour éviter que celles-ci ne nous détruisent. On est en droit de refuser la lutte des classes. Mais dans ce cas on doit jeter aux orties toute notre histoire car je rappelle qu’au moins une de nos grandes traditions, la tradition romaine, est une tradition de lutte des classes. Pas de tribun de la Plèbe, pas de patriciens et plébéiens, pas de respublica romana. Les sociétés de rente sont des sociétés figées, pas les sociétés de création qui sont des sociétés de luttes.
À nous de choisir si nous voulons une société amorphe ou une société vivante et donc clivée, surplombée par un idéal de Concorde mais avec une énergie vitale forte. Notre choix a jusque-là été d’équilibrer la recherche de la puissance des groupes sociaux par cette sauvegarde communautaire que l’Etat a donné pour maintenir l’union entre nous. D’où le fait que les services publics et autres biens indivis étaient vus par le rapport Beveridge et par la Résistance comme une part de la défense nationale au nom d’un principe qui nous a guidé depuis les Grecs, selon lequel les peuples libres se battent mieux que les escadrons d’esclaves.
On objectera qu’on paye trop d’impôts en France. Bien sûr. Personne ne dit le contraire. Mais pourquoi ? Parce que nous avons renoncé à être une économie de production et que nous avons anesthésié le corps social pour faire passer la pilule. Pour justifier la vente à la découpe du pays on a utilisé le chloroforme de la dette publique.
Regardez l’époque du circuit du Trésor, on a dépensé sans compter pour des trucs rentables. Et pourtant je vous rappelle qu’on a géré avec cela la reconstruction, la modernisation (avec l’exode rural, soit la plus grande révolution sociologique que la France ait vécu depuis des siècles) et la puissance (Concorde, Espace…). Tout cela avec une pression fiscale moindre. Pourquoi ? Parce que nous avons cru à notre prométhéisme économique et que nous avons créé des institutions pour l’assurer.
Ensuite, parce que dans un circuit économique il faut des perdants. Nous avions décidé que les importateurs et les étrangers seraient les perdants. Maintenant ce sont les travailleurs enracinés dont nous faisons les perdants afin de détruire nos circuits économiques locaux pour les insérer au grand marché global. Nos capitalistes de connivence auront le plaisir d’être les intermédiaires dans cette découpe.
Pour conclure, soit vous changez le système et vous pourrez baisser la pression fiscale par la production. Ce que je souhaite. Soit vous vous isolez définitivement de toute collectivité, ce qui est votre droit (mais pas de fraude sur système collectif comme Ayn Rand l’a fait toute la fin de sa vie en usant d’une fausse identité face à la sécu américaine), mais pas de fausse note. Mais ne faites pas croire que la tronçonneuse se fera dans l’euro, avec Bruxelles ect. ect. car vous trahissez votre malhonnêteté et votre inconséquence.
Loup Viallet : François Bégaudeau affirme que « la nation française est une entité qui ne veut rien dire ». Que répondez-vous à cette gauche qui oublie que l’idée nationale fut aussi, longtemps, la sienne ?
Pierre-Yves Rougeyron : Je ne suis pas certain qu’il y ait quoique ce soit à leur répondre. J’ai déjà essayé de faire appel à la bonne volonté. Je l’essaye toujours au moins une fois. Quand votre vie vous a fait vivre avec des hommes et des femmes brisés d’avoir perdu leur pays, vous ne pouvez pas ne pas tout essayer. Sur le fond, refuser la dignité de nation à un peuple et le faire exister uniquement au moment des élections, cela relève du travail de derviche-tourneur. La gauche était une religion, elle devient une secte et de plus en plus une secte apocalyptique type Waco ou Temple solaire. Elle est condamnée par ses reniements à être actée et non plus actrice. Elle va donc être tributaire d’autres groupes sociaux et, puisqu’elle refuse ce qui unit, elle sera emportée par les visées sécessionnistes des uns et des autres. Ballotés entre la sécession compradore et la sécession du lumpenproletariat, les choix politiques des hommes de gauche seront soit de céder à l’influence des uns ou à l’affluence des autres. La piètre fin d’une grande lignée.
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Loup Viallet : Quel avenir voyez-vous pour la nation française dans une France devenue multiculturelle de fait ?
Pierre-Yves Rougeyron : La France est légèrement multiethnique depuis longtemps. Est-elle multiculturelle ? Uniquement dans les zones où elle a reculé. En rappelant que tout exercice de prospective sera pris sur un point essentiel ou accessoire en défaut par le réel, je peux au moins dessiner à grands traits les scénarios suivants.
Il y a un scénario d’effondrement avec sécession de parts de territoires en raison de pertes structurelles de souveraineté permettant la libération de forces centrifuges. La France cessera d’exister et une large partie de l’Europe avec elle. La démographie et le transvasement de populations allogènes achevant la dissolution du corps social en une dissociété à la violence crue. C’est le pire des scénarios.
Il y a également la brésilianisation lente, soit le fait que la classe qui a saccagé l’Etat puisse maintenir suffisamment, dans certaines zones, les pouvoirs constabulaires pour racketter les populations dans un échange soumission contre sécurité. C’est le prolongement le plus logique du statu quo. Enfin, il y a l’hypothèse d’un redressement qui, par une action résolue sur les phénomènes sécuritaires, démographiques et migratoires, arrive à marquer la volonté collective de vivre et de s’appartenir.
Selon ces trois prismes nous arrivons à des réponses différentes. La première est un glissement multiculturalisme – pluri juridisme – effondrement. La seconde est une société de haine qui se terminera par une absorption démographique et la dernière une affirmation du “monoculturalisme pluriel” (ce que la culture française a toujours été entre autre via ses petites patries) français sur les vagues d’immigration récentes.
Loup Viallet : Rudy Reichstadt (Conspiracy Watch), Tristan Mendès France (Complorama), Pierre Plottu et Maxime Macé (Libé, Street Press)… de nombreux ‘‘journalistes’’ sont aujourd’hui chargés par leurs rédactions de faire la police du débat public en labellisant d’‘‘extrême droite’’ toute pensée, individu ou groupe qui émargerait hors des sentiers battus de l’idéologie immigrationniste dominante. En septembre 2025, l’influenceur américain Charlie Kirk a été assassiné. Ce travail de stigmatisation peut-il, selon vous, mettre des vies en danger en France ?
Pierre-Yves Rougeyron : Ils entendent par ce marquage entraîner une mort sociale. Pourquoi la mort sociale n’entrainerait pas une mort physique ? C’est déjà un assassinat. Ensuite si cela ne marche pas, la violence reste une option pour ces gens.
Je pense que ceux qui ont mis une cible sur la tête de Charlie Kirk avaient vu sa mort comme une chance négligeable et qui de toute façon, pour réjouissante qu’elle fut à leurs yeux, ne pouvait leur être pénalement reprochée. Le même type de délateur existe-t-il en France ? Bien sûr, vous en avez nommé certains. L’extrême gauche française possède-elle des profils limites dont la malléabilité, les addictions, la violence ou le déséquilibre mental et affectif faciliterait le passage à un acte violent voire meurtrier ? Bien sûr.
La seule différence notable est l’accès aux armes, mais pour une personne décidée ou désœuvrée, ce n’est rien d’insurmontable, malheureusement.
Loup Viallet : Depuis plusieurs décennies, les attentats islamistes frappent la France avec une violence croissante. Une partie de la jeunesse issue de l’immigration arabo-musulmane soutient ou tolère ces attaques terroristes. De Samuel Paty à Dominique Bernard, du Bataclan à Nice, la liste est longue. Faut-il craindre une guerre civile en France ? Et comment reprendre le contrôle de notre territoire national ?
Pierre-Yves Rougeyron : Une guerre civile à titre principal ? Je n’y crois pas. Il y aura une part d’affrontements civils mais, là, nous sommes plutôt dans une brésilianisation recouvrant l’affrontement sur nos terres avec des gens qui ne sont pas français et qui vont tenter d’affronter les symboles français dans une optique de domination territoriale avec le soutien potentiel d’ennemis extérieurs et d’une cinquième colonne intérieure qui réalisera la part de guerre civile dans ce qui sera plutôt une guerre intérieure. Pour que le propos n’apparaisse pas byzantin ou éthéré prenons l’exemple de la guerre en Syrie. Ce fut une guerre en Syrie plus qu’une guerre syrienne. Il y avait une part de guerre civile mais elle n’épuisait pas le sujet. Cela a des effets stratégiques important. Dans une vraie guerre civile, il faut, de la stasis grecque à la Satyre Ménippée, rappeler aux frères séparés qu’ils sont frères et au besoin s’interposer. Là, non.
Pour reprendre ma réponse, il y a deux éléments qui sont particulièrement menaçants : la jonction flux migratoires – démographie du stock des minorités non assimilées et la disparition de l’Etat. Il faut toujours signaler que les Etats faibles ou faillis attirent les guerres civiles ou les guerres intérieures, quand les Etats forts subliment et tempèrent leurs contradictions, les Etats faibles s’effondrent.
« Si on veut être sérieux, il n’y a aucune action migratoire sans recouvrement de la souveraineté pour que l’Etat puisse remplir pleinement ses rôles régaliens et retrouver ses frontières. »
Pour reprendre le contrôle, autant que l’exercice soit possible in abstracto, nous pourrions définir des phases selon un déroulé stratégique (déroulé qui sera bien sûr soumis aux lois des aléas et de l’hétérotélie).
Il faut différencier le problème du flux et du stock au niveau de l’immigration. Toutefois, en l’état, nous n’avons de prise sur rien. Si on veut être sérieux, il n’y a aucune action migratoire sans recouvrement de la souveraineté pour que l’Etat puisse remplir pleinement ses rôles régaliens et retrouver ses frontières.
La reprise de la souveraineté juridique permettra de commencer les travaux de reprise de la souveraineté matérielle (reconstituer des effectifs, des équipements, etc. comme les douanes).
Une fois les flux arrêtés et les frontières sécurisées (par exemple, la frontière avec la Belgique qui possède environ 1500 points de passage possibles qu’ont par exemple emprunté les terroristes du Bataclan), il faudra commencer le traitement du stock. Celui-ci passe par la sécurisation des espaces urbains via l’écrasement des réseaux criminels et l’assèchement de leurs réseaux de financement avant que ceux-ci constituent les détonateurs de la création d’armées criminelles comme ont eu à les affronter des Etats comme les Philippines ou le Salvador.
Une fois cette menace écartée, le travail de longue haleine pourra commencer. D’abord par l’évaluation des degrés de compatibilité des mœurs des populations immigrés avec les mœurs françaises.
Par exemple : expulsion des délinquants, des personnes signalées pour des incidents face aux services publics (hospitaliers, etc.), des personnes reliées à des réseaux étrangers hostiles sur notre sol (ONG, groupes d’influence). La mise en place de programmes volontaires et unilatéraux de retour dans les pays d’envoi ou en pays tiers.
Enfin, la mise en place d’un programme complet pour relier et affermir le peuple : service militaire et civique, militarisation des populations, réforme éducative, politique démographique.
Ce n’est qu’une esquisse, mais elle est déjà d’une ampleur considérable. Une fois redevenus souverains, tout est à notre portée.
Loup Viallet : Quels sont les auteurs [français, étrangers] qui ont le plus influencé votre construction intellectuelle ? Dans quelles traditions intellectuelles, politiques, littéraires, vous inscrivez vous ?
Pierre-Yves Rougeyron : J’ai trop de dettes et suis au confluent de trop de courants. Je vais en oublier. Pour citer des auteurs récents (moins de 30 ans) je donnerais Régis Debray, Pierre Legendre, Jacques Sapir, Serge Latouche, Paul Yonnet, Jean-Claude Michéa, Baptiste Rappin, Françoise Bonardel, Philippe Forget, Jean-François Mattéi, Dany-Robert Dufour en France ou Peter Anderson, Tadao Takemoto, Thierry Hentsch ou Benjamin Barber à l’étranger.
Pour être plus systématique, si je devais faire un portrait impressionniste des traditions qui me fascinent voir qui meuvent à mon insu cela donnerait quelque chose comme ce qui suit. En termes de méthode je crois que la question la plus importante est la question anthropologique. Un système économique, philosophique ou politique doit être évalué aux hommes qu’il permet de créer et à son pouvoir de maintenir, protéger et diffuser la Vie. De même, la catégorie à mes yeux la plus englobante et nécessaire est l’Histoire.
En politique j’appartiens au réalisme politique, au républicanisme (au sens romain du terme). Pour ce qui est de la France, je suis un nationaliste et au sein du nationalisme, j’appartiens au gaullisme. En économie, je suis un hétérodoxe. Je pense que le débat pour le moment se déroule entre différentes variétés de capitalisme. Je crois à la supériorité des Etats développeurs sur le capitalisme financier. En relations internationales, je suis un réaliste, mu par les notions d’intérêt national et d’équilibre de puissance.
Philosophiquement, je pense à l’instar de plusieurs néo-anciens que la culture classique peut permettre notre régénération spirituelle et intellectuelle. D’où ma fascination pour l’héritage grec et romain et pour la Renaissance française et italienne.
Littérairement, mes grandes rencontres furent Corneille, Camus, Dostoïevski, Hugo, Melville et Shakespeare.
Loup Viallet : Vous avez fondé les éditions Perspectives Libres il y a plus de dix ans. Quelles sont vos plus grandes fiertés d’éditeur ?
Pierre-Yves Rougeyron : Si vous le permettez, je n’ai pas plus fondé les éditions seul que je n’ai fondé le Cercle seul. Je vais donc parler de “nous” ce qui englobe mes camarades.
Si il y a une fierté à avoir dans tout cela, c’est, avec des moyens réduits, d’avoir maintenu les trois objectifs que la revue Perspectives Libres et la maison d’édition se sont données lors de leur baptême.
Nous voulions maintenir et célébrer la mémoire et les œuvres d’intellectuels souverainistes français (Yves Branca, Norman Palma, Guy Bois, Jean-François Mattéi, Yves Perez, Alexandre Dorna, Manuel de Dieguez pour les disparus, Jacques Sapir, Regis Debray, Arnaud Imatz, Denis Collin ou Bertrand Dutheil de la Rochère pour nos contemporains.
Nous voulions également traduire les grands auteurs étrangers récents (Erik Reinhert, Yoram Hazony, Costanzo Preve, Diego Fusaro) ou classique (Hilaire Belloc, Ortega y Gasset). Enfin nous voulions donner un coup de pouce aux jeunes pousses du souverainisme (David Teuscher, ou Thibault Kerlirzin par exemple). Je ne sais si nous avons réussi mais nous sommes toujours là et nous entendons continuer. La nouvelle fournée de jeunes auteurs peut être découverte sur Cerclearistote.fr.
