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VOL. I2026
Illustration — Mémoires identitaires, entretien avec Jean-Yves Le Gallou
VOL. ICAHIER 01Entretiens2026

Mémoires identitaires, entretien avec Jean-Yves Le Gallou

Essayiste, haut fonctionnaire et ancien député européen, Jean-Yves Le Gallou est une figure incontournable de la droite identitaire française. Il est notamment connu pour avoir théorisé la « préférence nationale ». Il dirige la fondation Polémia et est l’auteur de nombreux essais consacrés aux questions d’identité, d’immigration et de civilisation.

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Loup Viallet : Lorsqu’on parle aujourd’hui de « judéo-christianisme », on retire en réalité sa qualité de « racine » à la chrétienté. Dans le même temps, certains milieux de droite semblent importer un sursaut identitaire directement calqué sur la droite évangélique américaine, autrement dit, « retourner à la messe pour combattre l’islamisme ». Pensez-vous que ce réflexe défensif puisse avoir une portée réelle ?

Jean-Yves Le Gallou : Je ne rentrerai pas dans une querelle de vocabulaire. Le mot christianisme peut se suffire à lui-même. Mais on peut parler aussi de judéo-christianisme (les tables de la Loi), ou d’helléno christianisme (les évangiles rédigés en grec, le concile de Nicée) ou de pagano christianisme (les sources, les oratoires, le culte des Saints, les processions).

Le christianisme est une religion universelle mais il s’inscrit dans l’histoire identitaire européenne : il a été aux parapets de l’Europe à Covadonga (722), Poitiers (732), Lépante (1571), Vienne (1683). Et il imprègne l’art, les paysages, les monuments et les traditions d’Europe.

Dans les faits, il n’est pas besoin d’être croyant ou pratiquant catholique pour défendre la présence de marchés et de fêtes de Noel dans les villes et les villages de France et la présences de croix sur les sommets de nos montagnes et à nos carrefours. Cela fait partie de notre histoire et de notre identité.

Loup Viallet : Et, plus profondément, que pourrions-nous espérer d’un véritable sursaut indo-européen, enraciné dans la longue mémoire spirituelle et mythologique de notre continent ?

Jean-Yves Le Gallou : Il y a un peuple européen inscrit dans le temps long. Les Européens – de la Finlande à l’Espagne – partagent, avec des différences de proportion, les mêmes origines : les chasseurs-cueilleurs de la préhistoire qui y vivaient de 15000 à 40000 ans ; les agriculteurs anatoliens arrivés il y a 7000 à 9000 ans ; les indo-européens surgis il y a 5000 ans. C’est notre ethnogenèse.  Culturellement nos racines remontent à 5000 ans avec les indo-Européens qui nous ont apporté les langues, la cosmogonie, l’organisation sociale trifonctionnelle (oratores, bellatores, laboratores). Et à 2000 ans avec le christianisme. C’est cette alchimie qui doit nous servir de socle pour un nouveau départ

Loup Viallet : Le thème de la remigration, longtemps marginal, est en train de devenir un mythe mobilisateur au sein des droites radicales françaises et européennes. Mais il recouvre plusieurs définitions, plus ou moins maximalistes : pour certains, comme Eric Zemmour, il s’agit d’un plan d’expulsion ciblé des clandestins, des fichés S d’origine étrangère, ou des personnes frappées d’OQTF ; pour d’autres, comme l’activiste autrichien Martin Sellner, la remigration inclut le rapatriement aussi des citoyens non assimilés. Quelle est votre définition ?

Jean-Yves Le Gallou : La remigration est nécessaire pour éviter le Grand Remplacement. Pour permettre aux Européens, peuple premier en Europe, de rester majoritaires sur la terre de leurs ancêtres. Elle doit associer progressivité et fermeté.

En cinq temps : la pause des entrées ; le renvoi des clandestins et des délinquants étrangers ; l’interruption des titres de séjour des étrangers vivant d’aides sociales ; la déchéance de la nationalité de ceux des binationaux immigrés qui sont inassimilés, hostiles et/ou délinquants ; l’encouragement au retour de ceux des binationaux qui sans être hostiles restent inassimilés.

Loup Viallet : Dans l’hypothèse d’un basculement politique, un Parlement et un exécutif ancrés à droite, quels seraient, selon vous, les principaux obstacles institutionnels (français et européens) à la mise en œuvre d’une politique de remigration ?

Jean-Yves Le Gallou : Un basculement à droite – disons un RN au pouvoir ou une coalition droite sans complexes – serait un séisme, mais les obstacles institutionnels sont massifs, comme un mur de papier et de toges.

Bref pas de changement sans mise à bas de la dictature des juges ni restitution du pouvoir au peuple à travers un référendum constitutionnel. Et une nouvelle constitution fondée sur le droit du peuple à la continuité historique.

Loup Viallet : L’Europe, paralysée par la culpabilité occidentale, le désamour de soi et profondément transformée par un demi-siècle d’immigration, possède-t-elle encore les moyens juridiques, administratifs et moraux de reprendre le contrôle de son destin démographique ?

Jean-Yves Le Gallou : L’Europe doit sortir de la culpabilité. Son passé de 40000 ans, son histoire de 5000 ans ne peut pas se résumer aux souvenirs douloureux de la seconde guerre mondiale, de la colonisation et de l’esclavage. Finissons-en avec le fardeau moral de l’homme blanc, retrouvons la fierté de nos origines.

Loup Viallet : Admettons, pour aller au bout du raisonnement, qu’une remigration d’ampleur ne soit pas possible à réaliser dans les conditions actuelles. Comment, dès lors, garantir la continuité culturelle et la cohésion identitaire des Européens ? Faut-il assumer une forme d’entre-soi civilisé ou même envisager une partition territoriale ?

Jean-Yves Le Gallou : Absolument ! L’alternative c’est la remigration ou la communautarisation. L’entre soi qu’il faut cultiver sans complexes. Entre soi territorial : le choix du quartier et du logement. Entre soi pour les enfants : les écoles, les mouvements scouts. Entre soi pour les fêtes : calendrier européen et fêtes de villages.

Loup Viallet : Vous plaidez pour une Europe des peuples, fidèle à son héritage, indépendante des États-Unis comme de la Chine. Mais aujourd’hui, l’Union européenne ressemble à un conglomérat technocratique soumis à des influences extérieures multiples, incapable de définir un projet de civilisation. Dans quelles conditions une ‘‘Europe européenne’’ pourrait-elle renaître ?

Jean-Yves Le Gallou : L’Union européenne a fait mal un mal considérable à l’Europe européenne. Car c’est une bureaucratie mondialiste dont les hommes et les femmes dirigeants ne sont rien d’autres que les marionnettes de la galaxie Soros et des Démocrates américains. En l’état, l’Europe de Bruxelles n’est pas sauvable.

Loup Viallet : Dans quelles conditions une ‘‘Europe européenne’’ pourrait-elle renaître ?

Jean-Yves Le Gallou : L’Europe des peuples que je défends, confédération de nations, partageant une culture commune d’Homère aux Sagas, est aux antipodes de l’UE actuelle : le Léviathan bruxellois, otage de la finance atlantiste, du lobby vert et des influences chinoises via les ports (Dunkerque sous Pékin). Incapable de projet civilisationnel, elle impose le wokisme et l’immigration comme « valeurs européennes », trahissant notre héritage : libertés romaines, raison grecque, chevalerie médiévale, esprit de la Renaissance.

Pour renaître, trois conditions : 1) Souveraineté : sortir de l’OTAN pour une défense européenne autonome, 2) Identité : un traité refondateur, imposé par référendum, priorisant la préférence européenne et stoppant l’immigration extracontinentale 3) Subsidiarité avec des compétences déléguées limitativement énumérées.

Loup Viallet : Depuis des décennies, vous dénoncez le divorce croissant entre le réel et le discours politique. Immigration, sécurité, économie, identité, sur tous ces sujets, la parole publique semble hors-sol. Pourtant, le peuple perçoit ce décalage de plus en plus violemment. Pensez-vous que la crise de confiance actuelle, médiatique, politique et institutionnelle, annonce un point de bascule historique ? Et si oui, cette bascule prendra-t-elle la forme d’un effondrement du système ou de sa recomposition ?

Jean-Yves Le Gallou : Je ne crois que le système soit sauvable à la marge par de petits ajustement.

Pas d’arrêt du Grand Remplacement sans remigration.

Pas de retour à la sécurité sans rupture avec la Défense sociale nouvelle et l’idéologie Badinter.

Pas de restauration de l’école sans libre choix des parents et chèque éducation.

« Aujourd’hui être raisonnable, c’est être radical. »

Pas de maitrise de la dette sans sabrer dans les dépenses nuisibles : subventions aux associations, aux syndicats et aux médias politisés, pseudo-transition énergétique, doubles emplois dans les administrations et les collectivités territoriales, aide au développement.

Aujourd’hui être raisonnable, c’est être radical. Il faut trancher le nœud gordien, c’est le nouvel axe de travail de Polémia.

Loup Viallet : La droite institutionnelle française se trouve en retard dans la bataille des idées, et a souvent négligé le temps long au profit de l’urgence électorale. Vous vous êtes exprimé à plusieurs reprises sur le Rassemblement National et son discours que vous jugez « pasteurisé », faute de radicalité mobilisatrice. Comment expliquez vous ce décalage entre lucidité intellectuelle impuissance politique ? Et quelles seraient les conditions nécessaires, stratégiques, culturelles et organisationnelles, pour que cette droite puisse enfin formuler un projet à la hauteur de ses analyses ?

Jean-Yves Le Gallou : C’est malheureux à dire, mais il faut regarder à gauche. Le PS ne pèse que quelques pouyèmes aux élections mais il contrôle l’Etat profond : le Conseil constitutionnel, le Conseil d’Etat, la Cour des comptes, la magistrature, les médias de service public. Et j’en passe. Comment a-t-il fait ? En puisant ses cadres dans les groupes d’extrême gauche, trotskystes, maoïstes ou antifas. Il n’a pas fait la chasse aux sorcières des jeunes activistes, il les a promus.

La droite – chiraquienne hier, mariniste aujourd’hui – a fait l’inverse : on voit le résultat. Pas de salut sans sélection et promotion de gens formés et structurés intellectuellement, mentalement, moralement.

Bref il y a du boulot à faire. Et pour le RN cesser de considérer les journalistes (?) de Libération, de Mediapart ou de Streetpress comme leur DRH ou leur Dircom. Please, un peu de tenue !

Loup Viallet : Nous vivons, dans nos sociétés multiculturelles de fait, une concurrence des mémoires où chaque groupe social ou communautaire revendique son propre récit, sa propre victimisation, souvent au détriment du récit national historique. Cette fragmentation des mémoires, au sein d’un même Etat, rend-elle impossible l’idée même de nation et, avec elle, la notion d’intérêt national ?

Jean-Yves Le Gallou : Non ! On le sait depuis Aristote : l’identité est le socle de la Cité. Titre d’un excellent livre d’Henri Levavasseur à la Nouvelle Librairie (collection ILIADE). A lire, à méditer.

Joseph Clement Coll, King of the Khyber Rifles (« Le roi des fusiliers de Khyber »), 1916
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