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VOL. I2026
Illustration — Menu présidentiel à destination des classes tranquillisées
VOL. ICAHIER 02La Tribune2026

Menu présidentiel à destination des classes tranquillisées

Galantine d'électeurs pour clientélistes en rut

4 min de lecture La Correspondance Discussion ouverte La Correspondance Ouvrir la Correspondance

MISE EN BOUCHE

Petite phrase assassine sur son lit de prudence budgétaire

Ah, on va en bouffer, du programme. Mais attention : pas trop relevé, ça divise inutilement. L’électeur de résidence senior a l’estomac fragile ; il confond vite réforme fiscale et reflux gastrique. Alors on dresse ça proprement : chiffonnade de petites phrases assassines, copeaux de courage politique lyophilisé, filet d’autorité réduit au vinaigre balsamique, le tout nappé d’une prudence budgétaire montée au fouet jusqu’à obtenir cette belle mousse tiède de comptable compassionnel qui fait tant saliver les éditorialistes. Position délicate du chef : faire à la fois mijoter la proximité, flamber l’autorité et servir la transcendance en cocotte individuelle. Surtout ne jamais assaisonner franchement. Une épice idéologique trop marquée et c’est l’attaque cérébrale dans l’isoloir. Mamie aime la politique comme les purées Mousline : lisse, beige et déjà mâchée.

ENTRÉE

Hystérisation du débat, émulsion républicaine et réduction aux extrêmes

Indispensable : l’hystérisation montée en neige ferme. Il faut fouetter le débat public jusqu’à obtenir cette belle crème anxiogène qui écœure les indécis et fait roter de civisme les retraités anxieux. Le Français doit ressentir cette légère nausée démocratique qui pousse mécaniquement à commander le plat du centre : sans surprise, sans saveur et sans risque sanitaire. Exercice technique toutefois. Impossible de servir simultanément le cassoulet de l’Apocalypse fasciste et la compote rassurante du sérieux budgétaire sans une solide brigade en cuisine. C’est là qu’entrent les seconds couteaux : porte-paroles, chroniqueurs, experts sous cellophane. Quand ils sont bons, ils carbonisent les concurrents sans éclabousser la tenue du chef de file. Pendant qu’une batterie de marmitons républicains éructe, amalgame et criminalise à feu vif, le candidat remue doucement sa louche compassionnelle. Toujours maintenir l’électeur en légère ébullition. Trop froid, il réfléchit. Trop chaud, il descend dans la rue. La démocratie libérale exige une cuisson lente du bétail civique.

PLAT PRINCIPAL

Galantine centriste basse température, brouillade de rognons gaulois sauce Ehpad

À la grille de l’Élysée, l’armada du papy-boom s’avance en déambulateur tactique ; elle vient élire son fondu de pouvoir pour la dernière fois. L’avenir appartient au passé. Les vieux usufruitiers de la France électorale ont un pied dans la tombe mais gardent la main solidement agrippée sur le bulletin de vote. Ils sentent bien que le pays leur échappe, mais demandent encore au pouvoir de ralentir l’Histoire le temps d’une pension complète. Et tant pis si la France devient un protectorat algérien, un comptoir chinois, une franchise américaine ou un hospice administratif piloté depuis Bruxelles. Le bulletin idéal devra ressembler à une carte postale des Maldives rédigée comme une circulaire préfectorale.

TROU NORMAND

Sorbet d’œillade populacière parfum France d’antan, nappage au pouvoir d’achat

Ah ça, on ne déroge pas aux traditions de la maison. L’œillade pâteuse au dernier paysan du Cantal, la main sur l’épaule du dernier coutelier du Gers, le regard humide posé sur la dernière couturière d’une usine déjà à moitié délocalisée, le sourire mécanique lancé avec passion dans la rétine des télés. La bourgeoisie sous anticoagulants se figure élire le nouveau de Gaulle ; elle choisira surtout un ultime fakir républicain chargé d’hypnotiser le pays jusqu’à la prochaine poussée d’angoisse.

PLATEAU DE FROMAGES

Jaurès pasteurisé, Blum affiné, Mélenchon en croûte

Pour bien gaver Mamie : la cuisine mémorielle. On lui ressort les grands crus de cave républicaine. Hugo en gelée, Jaurès pasteurisé, Blum affiné mille et douze mois en terroir radical-socialiste. Quelques tranches de Résistance lyophilisée servies avec un chutney antifasciste maison.Puis on lui fourre la ganache de grandes idées tièdes à la poche à douille jusqu’à ce que, repue d’incantations sociales et de mousse humaniste, elle confonde le vieux briscard Mélenchon, troisième gâchette sous Jospin puis braconnier-en-chef de cette même gauche réformiste, avec un consul romain garant de la paix civile, du niveau des pensions et du salut de la cité.

DESSERT

Terreur centriste caramélisée, crème de chantage aux extrêmes

Stratégie alternative : l’acculer sans ménagement. Attention, cuisson délicate. Vingt-cinq ans de chantage aux extrêmes ont cautérisé ses muqueuses démocratiques. Mamie encaisse désormais la peur électorale comme un vieux foie gras industriel absorbe les antibiotiques. Alors il faut taper plus fort. Monter la température. Faire réduire la menace jusqu’à obtention d’un caramel noir de panique civile. Le candidat du camp de la raison devra fouetter sa terreur centriste bien ferme puis l’enfoncer profondément dans le conduit électoral du pays jusqu’à obtenir un bon vieux réflexe de barrage. Ça peut paraître brutal. Mais la recette a déjà fait ses preuves. Les genoux tremblants, la couenne carbonisée, la bouche encore pleine de propagande digestive : c’est ainsi qu’il faut cuisiner l’électeur, et ce, jusqu’aux beaux jours de mai !

FIN DU TEXTE · VOL. I / 02 · 2026
L’auteur
Loup Viallet

Fondateur du Cri du Peuple

Ses textes →
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